INDUSTRIAL BLUES – 2001

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Industrial blues
2001

Guitare, programmations, claviers et chant : Patrick Coutin
Guitare : David Grissom,
Basse : Gil Michel
Batterie : Franck Ridacker
Claviers, programmations : Christophe Allemand
Musiciens additionnels: Gilles Coutin (guitares). Louise et Sam Coutin (Choeurs)

Enregistré à ICP (Bruxelles) par Phil Delire, à Louise Musique (Paris) par Patrick Coutin, et à Olan.rec (Paris) par Christophe Allemand.
Mixé à Louise Musique et à Marcadet par Phil Delire, Patrick Coutin, Christophe Allemand et Christophe Hebert.
Réalisation artistique : Patrick Coutin et Christophe Allemand

La petite histoire…

 » I went down to the crossroads fell down on my knees / Asked the Lord above  » Have mercy save poor Bob, if you please  » ( » Crossroads  » – Robert Johnson)  » Je suis allé jusqu’à la croisée des chemins et je suis tombé à genoux / J’ai demandé au seigneur :  » Ai pitié, s’il te plait sauve le pauvre Bob » Ils y reviennent tous. Forcément ! Car on n’abandonne pas ainsi le blues. Certes chez Coutin, le rapport à cette musique originelle est particulier, à l’image du parcours de cet électron libre qui n’est jamais là où on l’attend ! Mais comme chez Robert Johnson, le père du blues moderne, c’est à la croisée des chemins que  » Industrial Blues « , son nouvel album, trouve sa rédemption, et donc sa légitimité. Comme l’aboutissement d’un cheminement musical commencé au milieu des années 80 avec l’album  » L’heure bleue  » et qui s’est poursuivi au gré de productions moins médiatiques, mais tout aussi passionnantes. Et quand aujourd’hui Coutin fait référence au blues, cela dépasse de beaucoup le cadre musical car chez lui la vision est globale. D’où le choix pas tout à fait innocent d’un titre qui renvoie tout autant à cet univers industriel sombre et usiné des années 50  » qui filait le blues « , qu’à une musique plus actuelle, que certains nomment fort à propos  » Rock Indus « . Ce qui nous vaut également ce mélange parfaitement maîtrisé d’esprit blues-rock  » roots  » à souhait et de techniques contemporaines, à travers quelques samples bien choisis ou des techniques d’enregistrement de pointe (Pro Tools, etc.). En deux mots le parfait résumé d’un personnage qui détonne et étonne, si atypique d’un milieu ayant érigé en dogme l’image, le formatage et le faux-semblant. Il est clair que ce n’est pas  » Industrial Blues  » qui changera quelque chose l’affaire, au contraire. Enregistré avec l’aide de son groupe scénique composé du batteur Franck Ridacker, du bassiste Gil Michel et du joueur de claviers Christophe Allemand, auxquels est venue s’ajouter la patte magique de David Grissom, un guitariste texan affichant des états de service chez Joe Ely, John Mellencamp ou Storyville, cet album ne ressembleà rien d’autre. Porté d’un bout à l’autre par une rythmique lourde, implacable, obsédante comme une chaine industrielle que rien ne saurait arrêter, ce disque est un parfait condensé de cet esprit complexe, mais nullement complexé qui caractérise Coutin. Un type capable d’asséner un morceau  » Gainsbourien  » tubesque ( » Jimie j’aime « ) non loin d’une sorte de comptine pour adulte ( » Si t ‘es pas sage « ), d’une invitation à danser portée par un superbe shuffle de batterie ( » Sara danse « ) ou de deux-trois titres d’une noirceur et d’une solitude inquiétantes ( » Regarde le mur « ,  » Frustration « ,  » N’oublie pas « ). Sans oublier ces autres perles que sont  » Le train  » sur lequel plane l’ombre de G³rard Manset,  » Traces d’amour  » aux parfums évocateurs pour tous les accidentés de l’amour ou  » La fille assise toute seule  » que n’aurait pas renié le John Mellencamp de  » Jack and Diane « . Bref, autant de titres qui synthétisent toute l’originalité d’un artiste définitivement unique et en marge des chemins trop bien balisés. Car la carrière de Patrick Coutin a tout du parcours fléché, là où ses prémisses laissaient entrevoir une belle ligne droite. Sans doute plus médiatique, mais aussi tellement plus prévisible et finalement ennuyeuse. En effet, passé l’énorme succès de  » J’aime regarder les filles  » en 1981, cet ancien étudiant en philo et en arts plastiques devenu journaliste musical par amour des mots et des notes (Rock & Folk, Le Monde de la musique) a choisi un chemin de traverse, refusant la facilité des choix trop évidents. Volontiers provocant dans ses textes, Patrick Coutin a laissé libre cours à son inspiration d’ex-punk qui ne se refuse rien, allant même jusqu’à enregistrer un superbe disque aux accents jazzy ( » L’heure bleue « ) à la suite d’un album sombre, voire cafardeux ( » Un étranger dans la ville « ). Des choix qui en surprendront plus d’un, à commencer par le grand public devenu boudeur pour l’occasion. Patrick Coutin tirera parti de cette liberté ainsi acquise à son corps défendant (finie la pression contractuelle de l’album à sortir chaque année, coûte que coûte !) pour ne plus rien se refuser. Ainsi, tour à tour, il s’adonnera à la peinture (inspiration majeure : Andy Warhol et le pop art), à la réalisation de clips, à l’écriture d’un polar accepté par La Série Noire, mais qui attend toujours trois ans après les quelques modifications requises par l’éditeur (ce qui ne l’empêche pas d’en préparer actuellement un second), à la musique avec un groupe de country rock blues ou un autre faisant des reprises du Grateful Dead. Le tout entrecoupé de nouvelles chansons, des rééditions fréquentes de ses premiers albums ou de son premier tube et, surtout, des nombreuses productions qu’on lui confie. Avec toujours cette volonté de ne rien se refuser, ce qui permet la cohabitation sur son CV de  » producer  » des noms de Dick Rivers, des Wampas, d’Isabelle Caux, des Cafards ou de Jean-Pierre Morgand (ex-Les Avions). Sans parler, pour l’année à venir, de la direction d’une salle de spectacle située à Bobigny, un projet qui lui tient particulièrement à cœur. Une diversité qui fait toute la sève de Coutin et qui forme le socle de son nouvel album, cet unique  » Industrial Blues « .
André BRODZKI

Il faut nous aimer sur terre, il faut nous aimer vivant »
Paul Fort (1872-1972)